La marche en laisse sans tirer

Première partie : approche éthologique




La marche en laisse sans tirer
Ethologie: science des comportements d'une espèce hérités de ses conditions naturelles de vie

« Je ne cherche pas la solution, je cherche la cause », c'est ainsi qu'a commencé sa récente intervention en Suisse, le Maître d'équitation Martin Black, un de ceux qui prônent une éducation éthologique, tout en douceur ce qui n'exclut bien sûr pas la fermeté.
Formule lumineuse ...

Pourquoi votre Dalmatien tire-t-il en laisse ?
Tableau trop fréquent de retour de promenade : chien énervé, maître exaspéré, le dos et les épaules mis à mal...
Un chiot, débordant de vitalité n'a, a priori, aucune raison de se déplacer à une allure modérée lorsque son maître le tient attaché à ses côtés.
La marche en laisse « sans tirer» repose donc sur un apprentissage d'autant plus indélébile, qu'il sera mis en place dès la première utilisation de la laisse.

Le ieune chien par la suite ne tirera pas s'il s'inscrit à sa place, c'est à dire en-dessous de ses maîtres, dans la hiérarchie de la « famille-meute », hiérarchie qui s'ëtabtit avant tout à la maison, nous l'oublions trop souvent, en fonction de 4 critères principaux :

1- Gestion de l'espace
Le chef ne partageant pas son lieu de couchage, le chiot doit bénéficier d'une place différente ; ainsi pas de chiot sur le canapé familial mais pourquoi pas sur un fauteuil qui lui est réservé ...

2-Gestion de la nourriture
Le chef ne partage pas, il laisse ce qu'il n'a pas consommé; ainsi pas de « petits bouts» pendant les repas mais pourquoi pas juste après dans la gamelle ...

3-Gestion des contacts
Le chef n'accepte jamais d'être bousculé par un subordonné de même que la mère punit sans appel un chiot qui la mordille trop brutalement.
Ainsi les maîtres cessent tout contact et renvoient à sa place le chiot dès qu'il se montre brutal ou commence à les mordiller au cours des jeux.

4-Gestion des moments de relation
Le chef décide toujours des moments de relation. Ainsi, en règle générale, c'est le maître qui doit décider des périodes de jeux, des sorties, des manifestations d'affection .. Dans cet esprit, éviter d'administrer des caresses à un mâle lorsqu'il vient les quémander.

Avec des maîtres « démissionnaires », dépourvus de l'autorité reconnus aux dominants de la famille-meute le jeune chien prendra la direction de la promenade menée alors à son rythme :« allegro vivace» .
Il est à noter que certains individus se comportent parfaitement en laisse au club d'éducation ou en exposition et commencent à tirer dès l'enceinte passée, car l'obéissance a été obtenue par conditionnement ... Les Dalmatiens n'aiment pas obéir servilement, en revanche, ils seront tout à fait à l'écoute de maîtres qu'ils respectent, ce qui participe à leur charme irrésistible.
Quand je parle des maîtres, je pense aux adultes et adolescents, excluant les enfants, même pré adolescents, compagnons de jeux dont le statut hiérarchique est tel que les sorties en laisse ne peuvent leur être confiées sans risque.

Ce moment de communication se doit d'être une « récréation », au sens propre du terme, durant laquelle se confirme une complicité où chacun garde sa place, le climat détendu excluant le chahut.
Par comparaison, la marche en laisse peut être assimilée à un exercice interactif proposé par un maître d'école. Au maître d'école de se montrer intéressant pour que l'exercice ne soit pas perçu comme un pensum ...

La marche en laisse n'est pas une fin en soi et ne peut en aucune façon assurer, à elle seule, l'exercice nécessaire au Dalmatien dont nous connaissons l'énergie. Ainsi, nul espoir que votre Dalmatien marche en laisse sans tirer si celle-ci constitue son seul mode d'exercice !
La marche en laisse n'est qu'un moyen temporaire d'assurer la sécurité du chien lors de sorties en agglomération, d'aborder un congénère apparaissant mal contrôlé par son maître ou tout simplement, de ramener au calme et de recadrer un chien en passe de transgresser l'autorité de son maître, par exemple après avoir croisé une chienne en chasse.

Le principe fondamental de la marche en laisse est l'absence totale de tension de cette dernière.
Le seul « poids de la laisse » suffit à garder un contact qui permet alors une communication tactile très fine. Nous en reparlerons plus loin.
Pour tirer il faut être deux !
Cette expression empruntée à l'instruction équestre prend toute sa valeur quand on sait que le seul poids des rênes permet à un enfant de guider un cheval de 500 Kg, bien éduqué dès les premières leçons.
A l'opposé, sachons que c'est en tirant sur les rênes, en donnant un appui très fort à son cheval, que le jockey obtient un galop très rapide interdisant tout arrêt ou changement de direction immédiats.
Exactement ce qui se passe quand un solide DaImatien promène sa pauvre maîtresse là où il l'entend !

La marche en laisse doit donc être enseignée dès que le chiot arrive dans sa famille d'adoption.
La laisse est immédiatement acceptée si elle est utilisée comme un jeu, en premier lieu pour conduire le chiot à sa gamelle.
Une première expérience positive à cet âge là, par un phénomène d'imprégnation est intégrée de façon quasi indélébile au niveau cérébral et sera reproduite de façon naturelle.
Dès que la laisse est tendue, lui imprimer une secousse ayant plus pour effet d'attirer l'attention du chiot que d'infliger une sensation désagréable tout en interpellant sur un ton incitatif le chiot par son nom : "Attends!", la laisse étant détendue, le féliciter sur un ton très doux et offrir une récompense. ]i

Il faudra rester vigilant lors de la crise d'adolescence, les stimulations par les phéromones sexuelles suscitant chez les mâles des démarrages brutaux « tête baissée» qui devront être bloqués dès la première tentative très fermement mais sans brutalité par un «NON» retentissant suivi d'un recadrage en demandant la position assise, faute de quoi ces démarrages difficiles à contrôler du fait le leur caractère soudain et de leur violence tendraient à s'installer et remettre en cause l'apprentissage.

A ce stade d'éducation, le maître doit s'astreindre à marcher le plus vite possible pour faciliter la tâche, le jeune chien gardant une sensation de liberté.

Quand il faut rééduquer

Choisir un lieu de travail calme et fermé : au départ la maison puis un jardin, de façon à éviter toute distraction
La leçon doit être de courte durée mais répétée chaque jour ; en effet, 5 minutes suffisent amplement.
Une telle leçon ne constitue absolument pas une détente mais une phase de travail où l'application est de rigueur nécessitant que maître et chien soient constamment attentifs l'un à l'autre. Prenons comme exemple un enfant en classe dont le professeur doit avoir le talent de capter son attention.

Quel matériel choisir ?
Une laisse plate d'un mètre au minimum.
Un collier plat ou mieux un collier dit de travail c'est à dire « coulissant » (bien veiller à le placer de façon que le coulissement s'effectue en direction du maître, ce qui suppose que le chien marche toujours du même côté par rapport à son maître). Le collier à pointes ne doit jamais être utilisé

Que le chien marche à gauche de son maître est plus souhaitable mais pas indispensable; le nec plus ultra est qu'il puisse marcher indifféremment d'un côté ou de l'autre.

La marche en laisse sans tirer
La position du corps du maître est essentielle
Buste vertical, épaules au-dessus du bassin. Surtout les coudes au corps en permanence ce qui permet de garder une précision du geste et proscrit toute traction au profit d'une résistance très brève, latérale si le chien tend sa laisse.

La tenue de la laisse en main conditionne la finesse de la communication tactile.

Le pouce plaquant la laisse sur la deuxième articulation de l'index assure une prise inviolable si le coude reste collé au corps
Action de blocage
Le coude restant au corps, la laisse étant ainsi tenue, lorsque les doigts se serrent, l'espace d'un instant, sur la laisse tandis que le buste se redresse et se fige, la résistance fugace ainsi produite bloque littéralement, sans brutalité aucune, l'élève !
Résister, l'espace d'un instant et RENDRE immédiatement.
Action d'avertissement
Index, majeur, annulaire et auriculaire forment un ressort à 4 lames dont l'action augmente du dernier au premier. Serrer au choix, selon l'intensité désirée, l'un de ces 4 doigts sert d'avertissement, quand on sent que le chien va tirer.


La voix constitue la deuxième aide indispensable (à associer à la première) N.B. : Utiliser toujours les mêmes mots.
Action de blocage
Toute vélléité de tirer est immédiate¬ment sanctionée d'une voix sèche et impérieuse : « (ne) tire pas! »
Action d'avertissement
Quand le chien va tirer : « doucement» d'une voix ferme, sans appel. '


Quelques "trucs"
Marcher le long d'un mur canalise l'élève.

Tenir la laisse de la main gauche, la passer derrière vos jambes de façon que l'épaule gauche de votre chien se situe juste en arrière de votre jambe droite; il suffit de vous arrêter et votre chien se trouve bloqué dans son élan derrière vous . la position d'éclaireur est la vôtre pas la sienne!

Utiliser une badine devant les épaules qui tapote en cas d'insoumission.

Changer très souvent de direction invite l'élève à prêter attention à son maître.

En gardant la même cadence, attirer son attention en lui proposant une balle. en cas de distraction ponctuelle.

Demander de façon répétée la position assise et ne repartir qu'après le retour au calme.

Tenir dans la main droite fermée, une friandise , à la hauteur de votre genou. Votre chien tend à rester derrière vous.

Si après cette lecture votre chien tire en laisse faites votre autocritique, vous n'avez pas su motiver votre chien mais soyez confiant, reprendre une éducation ratée ne se réalise pas en une leçon.
Inutile de réussir immédiatement et pleinement pour persévérer.

D. Vincent, décembre 2004